Attentat à Charlie Hebdo : Un policier au SDLP raconte la protection des dessinateurs

Pierre-François Degand est délégué syndical Unsa Police au SDLP, service de la protection, (ancien service de protection des hautes personnalités). Il a protégé le dessinateur Luz.

Publié le : 08/01/2015 à 16:16

Ancien maire adjoint à la sécurité de Villennes-sur-Seine (Yvelines), Pierre-François Degand, est délégué Unsa Police au Service de la protection (SDLP) qui a remplacé, l’an dernier, le SPHP (Service de protection des hautes personnalités).
Il est très ému par la disparition de son collègue, le policier Franck Brinsolaro, 49 ans, tué dans la rédaction de Charlie Hebdo alors qu’il assurant la sécurité de Charb.
Pierre-François Degand raconte : «C’est un drame terrible. Je rends hommage à mon collègue et mes pensées vont vers sa famille.» 
Le délégué syndical sait les risques encourus par les policiers dans de telles situations. «C’est une mission que je connaissais bien. Il y a un an et demi, peut-être deux ans, j’ai pu protéger des dessinateurs de Charlie Hebdo. Charb mais aussi “Luz”, dit Renaud Luzier qui collabore au journal.» Ce dernier n’était pas présent à la rédaction  lors de la fusillade, mercredi 7 janvier. 
«On assurait leur sécurité tout le temps, poursuit le policier. On les déposait au journal. On se rendait dans la rédaction. Selon le degré de menace, on pouvait être un, deux ou trois policiers par dessinateur. Deux policiers en piéton, un autre conducteur. Tous les dessinateurs ont été, un temps, protégés. Récemment, je crois qu’il ne restait plus que Charb.» 
Il explique aussi les difficultés du métier de policier au SDLP, qui attend toujours une “éventuelle” agression. «La protection des personnalités est compliquée parce que le policier ici, n’est pas un chasseur mais “un personnage chassé”. Il réagit après une attaque. Chaque situation est un cas à part. Se trouver dans les locaux d’un journal, ce n’est pas la même chose que se retrouver dans la rue à protéger une personnalité. Ça reste toujours compliqué.» 
Dans les locaux de Charlie Hebdo, rue Nicolas-Appert, il y avait un sas de sécurité. «Le commando lourdement armé est entré. Ils se sont mis à tirer en rafale. Ils ont dû recharger leur arme de guerre. La manipulation d’armes automatiques avec, de surcroît, l’adrénaline est très compliquée. Ils étaient très entraînés, c’est sûr.» 
Selon le professionnel, l’effet de surprise a joué contre son collègue policier qui n’a pas eu le temps de riposter. Les terroristes ont pu entrer dans les locaux, prendre les escaliers avant d’emprunter les dédales de couloirs qui mènent à la rédaction du journal. Personne n’aurait semble-t-il entendu les premiers coups de feu qui ont tué un agent de maintenance, se trouvant devant les locaux de Charlie Hebdo.
«Une fois dans la salle de rédaction, tout se passe en un centième de seconde. Cinq, six cartouches (de kalachnikov) sont déjà partis en rafale», répète-t-il. 
Pierre-François se souvent encore quand il avait travaillé dans la rédaction de Charlie Hebdo. Il avait reçu de la part de Luz, un dessin qui faisait référence à la loi Taubira sur le mariage pour tous et à deux policiers qui se mariaient. «Il tournait à la dérision le fait que j’étais maire adjoint et policier.» Pierre-François Degand reconnaît : «Ces dessinateurs étaient de bons vivants qui rendaient notre travail agréable.» 
Mais il revient à son métier. Il ne peut s’empêcher de penser à son collègue mort en service. Dans ce type de profession, le policier du service de la protection est le dernier rempart face au danger. Devant lui il y a les policiers en tenue, ceux du Renseignement. «Nous sommes ceux qui font face au terroriste. On ne sait jamais à quoi s’attendre…» 
Ni comment ça va finir.

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michel seimando

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